Il est facile de remarquer le peu de véritable estime accordée au corps dans nos sociétés modernes. Tour-à-tour maquillé, ignoré, méprisé ou réduit au silence, notre corps n’est bien souvent au fond qu’un mystérieux paquebot errant à la périphérie de nos préoccupations. Absorbés par les lumières de la pensée comme des capitaines ivres, nous ignorons à quel point notre véhicule terrestre est le fruit de l’immense sagesse de la nature. Plus qu’une maison, notre corps est un temple, et le lieu de transformation que nous sommes si nombreux à rechercher à l’extérieur.   

Notre lien à la matière. 

Le corps est le temple de l’esprit… Je n’ai pas d’idée de l’origine précise de cette phrase. Elle a certainement déjà du être pensée ou écrite par beaucoup d’autres, mais il me semble surtout qu’elle m’est née petit à petit, spontanément depuis l’intérieur.

Lorsque l’on passe une partie de son temps à s’intéresser à son propre fonctionnement, on fait tôt ou tard l’expérience de cette évidence fondamentale : bien qu’ils aient des formes différentes, matérielle et visible pour l’un, immatérielle et invisible pour l’autre, le corps et l’esprit sont l’expression d’un seul et même véhicule unis dans l’aventure de la vie. 

Les opinions divergent grandement sur la place accordée au corps dans l’aventure humaine, mais que l’on soit philosophe ou culturiste, la vérité est qu’en tant qu’êtres humains, nous sommes extrêmement dépendants de la matière. Pour évoluer dans l’espace du monde, il faut de l’oxygène, de la chaleur, des nutriments, et une terre bien solide sur laquelle prendre appui pour sauter un obstacle ou s’élancer vers un but. Respiration, digestion, organes des sens, mémoire, pensées, émotions… Sensations et expériences, tout cela passe par le véhicule du corps qui seul rend possible notre présence au monde. C’est une réalité que nous oublions volontiers de nos jours.

café ou gaufrette ?

Nos espaces de vie regorgent de propositions alimentant cette dangereuse rupture entre l’esprit et la matière, entre les besoins du corps et ceux de la tête. Sucres rapides, graisses (gaufrette ou noisette ?), stimulants (café ou raidebubulle ?), décontractants (vin ou trappiste artisanale ?)… tout cela se trouve très facilement en moins de 10 minutes, 24h/24h. Des solutions rapides pour des problèmes urgents. Et si la chair pose un problème, vous n’aurez pas plus de mal à repérer l’enseigne d’une pharmacie. Il y en a de plus en plus ! Ça clignote en vert la nuit, et à l’intérieur c’est d’un blanc reposant et rassurant, un pur hommage à la nature et à la lumière ! Une gélule matin et soir (sucrée, pour éviter le mauvais goût) et on est vite sur pied ! * Il y a tellement de travail qui attend… et la course du monde n’attend pas la marche du corps !

* Je tiens à préciser que ces propos caricaturaux visent à mettre en évidence certaines aberrations de notre rapport à la santé, et non à mépriser en bloc l’ensemble du monde médical, qui bien sur offre des solutions curatives indispensables. 

Bien sur, ce genre de comportement extrême ne poserait pas de problème si en l’adoptant nous obtenions de bons résultats pour notre vie. Mais ce n’est jamais le cas. En réalité, plus nous sommes étrangers à notre corps, plus notre esprit est victime de son ignorance. Plus nous mettons de la distance entre notre tête et notre corps, plus nous émoussons le réceptacle intime de nos expériences que sont nos sens, nos organes, nos mouvements intérieurs.

Si les tentatives visant à étouffer notre réalité corporelle sont vouées à l’échec, c’est que le corps, issu du ventre de la nature, porte en lui toute son intelligence. Il ne cessera jamais de se manifester dès qu’il sent le danger. Réclamant sans cesse que nous alignions chacune de nos cellules sur le chemin de la santé, il s’exprimera de plus en plus fort s’il le faut, accentuant nos tensions intérieures, nos douleurs, notre nervosité, le sentiment de vide et d’insatisfaction générale, jusqu’à l’extrême sensation de déchirure intérieure qui semble fleurir de nos jours.

C’est ainsi que en arrivons parfois à considérer notre corps comme un fardeau nous privant de liberté, alors que nous sommes simplement devenus esclaves de notre incapacité à dialoguer avec lui.

Les limites du cerveau.

Penser est une faculté merveilleuse, mais ne faire que penser pose rapidement des problèmes dès lors qu’il ne s’agit plus de construire un pont ou d’établir un itinéraire. A vrai dire, on considère que notre cerveau est dysfonctionnel dans 70% des situations dans lesquelles nous comptons exclusivement dessus. Il est simplement la plupart du temps contre-productif de ne faire que penser !
Notre cerveau n’est qu’un élément d’une conscience beaucoup plus vaste. On estime à 11 millions le nombre d’informations qui parviennent à notre cerveau chaque seconde ! Parmi celles-ci, notre conscience n’en enregistrerait qu’une cinquantaine ! Un choix grandement influencé par nos habitudes, notre éducation et… ce qu’on nous met en grand devant les yeux ou sous le nez (les publicitaires l’ont bien compris). Le reste fait partie du domaine des sensations et de ce qu’on pourrait appeler l’intuition.
Arrêtez-vous donc un instant pour prendre la mesure de ces 10.999.950 d’informations que votre corps perçoit sans que votre cerveau n’en fasse vraiment usage. A bien y regarder, la réalité n’est-elle pas infiniment plus proche de ce que perçoit notre corps ?

Pour entrer dans la compréhension profonde de ce qu’est notre expérience humaine, il nous faut donc dépasser le monde de la pensée pour entrer dans celui du ressentir que nous permet le corps.

Notre cerveau n’enregistre que 50 informations sur les 11 millions qui lui parviennent chaque seconde !  

Le corps est un enseignant.

Dans le corps, rien n’est inutile, et rien n’est le fruit du chaos. Si notre coeur se resserre, si notre tête nous fait mal ou notre ventre se crispe, c’est que nous ne prenons probablement pas la bonne direction… Dans un autre article, je développais la notion de baromètre intérieur (relire : « le baromètre intérieur »). La vérité, c’est que notre corps est un merveilleux outil pour grandir sur le chemin de la vie. Sa voix est l’écho pur de nos expériences, et elle n’a de cesse de nous inviter à faire bon usage de la vie. Il ne tient qu’à nous d’extraire cet outil de la brume du mépris ou de l’ignorance, de le polir et de l’apprivoiser patiemment, instant après instant. 

Le premier pas, c’est de réaliser que pour entrer en pleine possession de ses moyens d’action sur le monde, il faut s’intéresser à soi. Il faut commencer à ouvrir son capot comme j’aime à le dire, et observer la voix du corps : sa respiration, ses émotions, ses pensées…

Loin du royaume de l’ego, la connaissance de soi est au contraire le point de départ de toute véritable compréhension et bienveillance vis-à-vis du monde extérieur. Se tourner avec sincérité vers son paysage intérieur marque le retour à la vérité du vivant, à l’exercice sincère de la vie : observer, faire des expériences, les digérer d’un seul corps-esprit, et en récolter des conclusions répondant à notre recherche de joie, d’espace, de légèreté.

Des êtres spirituels vivant une expérience humaine.

Dès que l’on commence à dialoguer avec son corps, à l’observer et à le nourrir par des pratiques telles que le yoga, le chi-kung, les arts martiaux, le do-in, la méditation… on quitte le monde de la lutte pour entrer dans le royaume de la sagesse. La matière devient alors un appui stable et bienveillant pour exprimer nos intentions, et notre corps en un autel où l’esprit, digne maître de son véhicule, devient libre d’évoluer à la hauteur de ses plus hautes aspirations ! 

Nous pouvons très concrètement sentir dans notre corps lorsque que nous sommes sur le bon chemin  : sensations d’espace, de chaleur, de calme, de lenteur, et surtout une joie stable et profonde.

Alors : d’instant en instant, patiemment, tissez donc les liens entre le visible et l’invisible, entre le corps et l’esprit. Enracinez-vous pour vous élever vers le ciel !

Apaisez votre coeur, libérez vos tensions, observez-vous avec curiosité, humilité et bienveillance, surtout là où votre corps se plaint ou vous déplait particulièrement. Faites donc de l’espace en vous afin que le ciel s’y sente invité ! 

je vous invite aussi à retrouver quelques pistes pratiques dans l’article :  Comment prendre soin de soi ?

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