» Grâce à la restriction des appétits et à la contention des velléités, le Coeur demeure paisible et sans émoi, le corps travaille sans épuiser, le souffle suit un cours régulier, et chacun d’eux est satisfait. Appréciant leur nourriture, contents de leurs vêtements, joyeux dans leur médiocrité, sans envie pour de plus hautes conditions, les gens étaient ce qu’on appelle des gens SIMPLES. Aucune cupidité ne ternissait leur regard, aucun dérèglement n’atteignait leur Coeur. Gens ordinaires, sages ou non, tous ignoraient les émois car ils se conformaient au DAO. Ils atteignaient 100 ans sans que leur activité ne se lasse, car leur vertu était sans défaillance.  » (EXTRAIT DU SU WEN*)

Le SU WEN est une des deux parties du Classique interne de l’empereur Jaune (Huangi Nei Jing), ouvrage considéré comme fondateur de la médecine chinoise. Compilé il y a environ 2500 ans, le texte analyse dans une tradition spirituelle taoïste les liens entre l’homme et son environnement, entre microcosme et macrocosme, exposant les maladies est les différentes méthodes de traitements (acupuncture, moxibustion…).

La simplicité est certainement une des composantes principales d’une vie sereine, joyeuse et en bonne santé. L’idée de la cultiver, dans ses pensés, ses besoins, ses désirs, apparait dans toutes les traditions spirituelles. 

Si l’on met de côté le montage économique dont nous sommes au fond pour l’immense majorité victimes, les besoins fondamentaux de l’existence peuvent être facilement remplis : air, eau et nourriture sont disponibles en continu dans la nature, dont les mécanismes, dépassant toute technologie humaine, en assurent un merveilleux recyclage. Nous avons acquis suffisamment de savoir au XXIème siècle que pour nous garantir un confort satisfaisant en toute saison. Sur le plan intellectuel, nous connaissons parfaitement notre environnement, et de nombreuses traditions enseignent la manière de tirer le meilleur parti de notre alimentation et du fonctionnement de notre corps. Enfin, notre humanité a développé un savoir spirituel capable de transcender toutes les difficultés de l’âme, y compris les frontières de la souffrance et de la mort (chemin du bouddhisme, par exemple). 

La réalité, c’est que nous ne manquons de rien.

Au contraire, nous souffrons du trop. Si le début de notre histoire humaine fut essentiellement marqué par des problématiques de manque, la majorité des pathologies contemporaines sont des pathologies de l’excès. Nous évoluons dans un monde d’hypers : hyper-complexité, hyper-stimulation, hyper-activité, hyper-tension, hyper-marché pour une hyper-consommation… Hyper vient du grec ancien, et signifie « au-delà ». L’hyper-maladie reine d’aujourd’hui, c’est le burnout (« brûler au-delà ») dont on parle tant, l’épuisement de nos ressources intérieures. Il est par ailleurs probable que si collectivement nous persistons dans le schéma de l’hyper, l’humanité finira par éprouver un burnout à l’échelle planétaire, entrainant l’épuisement des ressources naturelles en même temps qu’une explosion du malaise, de la violence, des maladies mentales… 

Ainsi, il apparait bien utile de remettre l’église au centre du village en parlant de simplicité, et par l’entremise du Su Wen, d’y accoler avec évidence les mots joyeux, vertus, satisfait, paisible, et 100 ans. 

Je vous invite aussi à relire ces 2 articles qui mettent en évidence le besoin de ralentir et d’entrer en relation avec le rythme de la nature : « Diagnostic : vous manquez d’espace » et « Épouser l’énergie de l’hiver« 

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