Hier soir, en pleine rue de Bruxelles, je suis tombé sur une affiche de plus vantant les services d’un site web de relations extra-conjugales. Une femme dont on ne voit pas les yeux, l’index devant ses lèvres pulpeuses en signe de discrétion, puis une pomme à moitié croquée, évoquant le fruit défendu au centre de la tradition judéo-chrétienne (voir PS). Juste avant sur le panneau déroulant, une promotion pour un forfait téléphone et une autre encore pour un nouvel hamburger. 

Je ne suis pas naïf, mais je me sens à chaque fois interpellé par la banalisation du mensonge au service du plaisir, et plus encore par la médiocrité et l’incohérence des arguments avancés pour déculpabiliser le concept. 

Petit florilège récolté sur différents sites web (en moins de 10 minutes, commentaires en sous-ligné…) :

« Les gens infidèles ont une vie plus riche en expériences »
« Fini le risque de tomber sur un amant ou une maîtresse encombrant … ici, on vous donne la possibilité de tromper votre conjoint en toute sécurité entre gens mariés ».
« Ce que nous vous proposons – et qui n’est pas évident à trouver dans la vie de tous les jours -, c’est de rencontrer les personnes parfaites pour vivre de vraies relations, franches où les gens se disent tout ».
« … Rencontrer des membres mariés ou en couple comme vous, c’est l’assurance de mieux se comprendre et se respecter ».
«  shhhut ! personne ne saura
Plusieurs outils sont à votre disposition: le loup et le floutage de votre photo de profil, l’album photo privé, la navigation invisible pour vous permettre de faire des rencontres en toute discrétion… ».
« un moteur de recherche avancé, calendrier des disponibilités, sortie rapide du site, test d’attraction… »
« Les objections émises sont avant tout d’ordre moral ou religieux… Première remarque : il serait déraisonnable de nier / minimiser les comportements d’infidélité. L’infidélité est un phénomène qui traverse le temps et que l’on observe dans différentes cultures. Les individus fonctionnent en partie sur la recherche de nouveaux plaisirs – et notre seuil de tolérance à la frustration est parfois très bas.. »
« … il s’agit bien de comprendre et de reconnaître le fait que la sexualité joue un rôle moteur chez l’homme, et ce au-delà – parfois – des engagements qui constituent les bases des relations de couple ».
Comment peut-on espérer mieux se comprendre et se respecter, parler avec franchise et imaginer une relation parfaite où l’on se dit tout… en construisant cette relation sur les ruines de la confiance ? La réponse : l’ignorance, l’avidité et l’égoïsme, comme toujours.

Aucune technologie ne peut nous faire vivre à la fois le mensonge et la franchise, la frustration et le bonheur, la sécurité et la volatilité, l’engagement et la recherche du plaisir individuel. S’il est vrai que la sexualité est une force motrice puissante et que nous cherchons tous une relation où cette dimension puisse aussi s’exprimer ; la vérité au coeur de ces messages, c’est notre incapacité à gérer nos frustrations dans une société qui en fait une économie, mettant en avant le plaisir rapide et le mépris de tout cadre moral ou spirituel. Derrière ces sites internets, il y a beaucoup d’argent et d’intérêts. C’est un marché facile, basé sur la manipulation des émotions, la stimulation de la peur et de l’avidité, la délivrance de solutions toxiques et esclavagistes.

Mais il ne s’agit pas que d’infidélité au fond, car les pressions extérieures nous incitant à cultiver notre médiocrité est énorme de nos jours. Parvenir à rester en bonne santé, à développer sa liberté, son autonomie, sa capacité à vivre simplement en arrosant les vrais germes du bonheur, est un défi qui a peu la cote. La plupart d’entre nous ne sommes pas outillés pour cela. Peu d’enseignants ou de parents apprennent à distinguer le vrai du faux, à se poser la question fondamentale : comment faire pour être le plus heureux possible ?

Pourtant, ne nous y trompons pas. Chacune de nos actions est une liberté, mais AVEC des conséquences. Tromper une personne, c’est marcher sur la confiance, celle du conjoint avec lequel nous avons choisi de partager notre vie, mais aussi celle d’éventuels enfants ou amis, sans compte bien sur celle de cet autre avec lequel nous pensons construire une relation franche et riches en expériences.

Le bouddhisme, pour ne citer que ce cadre spirituel là, exprime très clairement au travers des 5 règles de base (pour les pratiquants laïcs) l’idée que le mensonge et l’infidélité sont à la source d’un grand nombre de difficultés dans l’existence :

Les 5 règles de conduite morale selon le Bouddhisme :

  1. Ne pas tuer
  2. Ne pas voler
  3. Ne pas mentir
  4. Ne pas avoir de relations sexuelles inconnue des proches
  5. Ne pas utiliser de substances qui modifient l’état d’esprit

Alors, que vous soyez victime de votre frustration, d’une envie de piment, ou au coeur d’une relation amoureuse insatisfaisante, pourquoi ne pas commencer par tenter d’y répondre avec intelligence et conscience, en en parlant dans votre couple, en cherchant une manière saine de résoudre vos tensions, y compris en faisant de la place à la possibilité que vivre ensemble pourrait ne plus vous permettre de vous épanouir l’un et l’autre dans la vie que vous souhaitez ? Prendre soin de soi, c’est aussi prendre le temps d’agir en tenant compte de toutes les personnes qui partagent notre vie.

Et puis en Automne, prenez un peu le temps de réfléchir à ce que vous faites, à ce qui vous traverse. Ramassez donc plutôt des pommes, les fruits de la vie sont gratuits et gorgés de soleil ! 

PS : D’après Wikipédia :   » le fruit défendu est d’abord, selon le récit biblique de la Genèse, le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal planté au milieu du jardin d’Éden, qui donne la connaissance du bien et du mal ». 

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