J’avais déjà beaucoup aimé la prose et l’épure de Maxence Fermine dans « Neige ». Ici, l’auteur nous emporte dans une histoire mêlant l’art, la beauté du zen et le feu de l’amour.

Quelques passages…

La calligraphie japonaise

L a calligraphie japonaise ressemble à un souffle. Le souffle du dragon. Elle consiste à peindre l’instant avec une force inouïe et une délicatesse extrême. Elle-même issue de la calligraphie chinoise, vieille de plusieurs millénaires, sa pratique est associée à l’expression de ce qu’il y a de plus beau et de plus raffiné dans l’âme humaine.
Calme et concentration.
Apaisement de l’esprit.
Art de l’éphémère cristallisé dans un mouvement d’éternité.
D’un geste tantôt vif tantôt lent, maîtrisé mais spontané, libérer l’énergie du corps et de l’esprit en un unique trait du pinceau.
Pour cela, il est nécessaire de trouver l’équilibre entre les pleins et les déliés.
La lenteur et la fulgurance.
La fermeté et le relâchement.
Le yin et le yang.
C’est l’une des pratiques du zen avec la cérémonie du thé, le combat de sabres ou l’ikebana.

Calligraphie.
Écriture de la beauté.

Une modeste pagode

M aître Kuro vit retiré dans une modeste pagode, perdue au cœur d’une forêt d’érables qui, en automne, prennent une teinte rougeoyante.
Elle comprend en tout et pour tout trois pièces. La première pour vivre, la deuxième pour dormir et la troisième pour travailler. Triade magique.
Au-dehors, un portillon de bois en délivre l’entrée, comme s’il s’agissait là d’une forteresse imprenable, et cependant minuscule.
Quelques dalles de pierres rondes, disséminées dans l’herbe, conduisent à une terrasse en bambou sur laquelle ouvre la baie vitrée de l’atelier.
Le jardin zen, lui, se compose d’une rangée de bonsaïs, d’un petit bassin où s’ébattent des carpes, d’un hibiscus aux fleurs extraordinaires et à la ramure étalée, et de trois pierres noires dans un champ de gravier blanc délimité par un parterre d’azalées, de rhododendrons et de fougères.

Le pont entre deux mondes

D ans l’atelier, Maître Kuro s’apprête à dispenser à Yuna sa sixième leçon. Qui traite de l’harmonie entre le plein et le vide. De l’équilibre entre le yin et le yang.
La jeune femme est assise face au maître. Si près de lui qu’elle peut sentir son souffle sur son visage. Le calligraphe saisit son pinceau puis, dans un geste d’une grande virtuosité, dessine sous ses yeux le ciel et la terre.
Maître Kuro lève la tête, contemple la jeune femme et explique :
— L’encre noire est le yin, qui représente la terre. Le papier de riz est le yang, qui représente le ciel. Entre le yin et le yang se situe le pinceau, le pont qui communique entre ces deux mondes.

Yuna

C omme la chaleur est suffocante, la baie vitrée reste entrouverte jusqu’au matin. Un léger courant d’air fait trembler le rideau qui en délivre l’entrée La pièce est plongée dans une semi-obscurité. Yuna est étendue sur sa couche. Endormie. Le visage noyé dans sa chevelure.
Un long moment de silence, chargé d’électricité. Puis Maître Kuro s approche d’elle, toujours muni de sa lanterne. Et demeure de longues secondes à la contempler.
Penché vers elle.
Si belle.
Avant de se retirer sur la pointe des pieds.
Et de disparaître dans le jardin.
Luciole qui s’éloigne sans bruit.

« Zen »

Maxence Fermine

Editions Michel Lafon

Résumé éditeur

« Chaque jour, de l’aube au crépuscule, Maître Kuro pratique l’art subtil de la calligraphie. Une activité mêlant la peinture à l’écriture dont la frontière est si ténue qu’elle en paraît invisible. »

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