» Il ne faut pas prendre ce que je dis comme une vérité absolue. Ce sont des petits conseils de petit moine dans la forêt qui fait de son mieux. Je le fais en espoir que ça puisse servir à quelqu’un, aider a être mieux dans sa vie, son entourage, son travail. Il faut le prendre avec prudence. Je suis apprenti quelque part dans cette voie enseignée par Bouddha, sur le chemin de la sagesse mais loin d’être sage… Comme bouddha l’a dit, il faut prendre ce qui est vrai et a de bonnes conséquences dans votre vie et rejeter les autres expériences. « 

Phra Piotr – aout 2006

« C’est avec une chaleur certaine dans le coeur que je diffuse cette histoire. C’est celle de mon père, Piotr, qui en 2002 a choisi de continuer son chemin en tant que moine bouddhiste en Thaïlande. Enregistrées sur place, ces capsules sonores à paraitre progressivement livrent un récit généreux en images et paraboles, où se mêlent sous l’inlassable vrillage des insectes le bouddhisme, le quotidien du moine et l’histoire de l’humain.

Que vous soyez intéressé ou pas par le bouddhisme, curieux de l’oreille, de l’esprit ou du coeur, mon espoir est que ces tranches de vie vous parviennent en écho aux questions que finalement nous partageons tous . »

Nicolas Poloczek – janvier 2018

A propos de cette histoire…

Mon père Piotr est né en 1949 à Cieszyn, une ville du sud de la Pologne, à 150 km de Cracovie. Là-bas coule l’Olza, une rivière qui sert aussi de frontière, et la montagne est proche.
A 25 ans, diplômé en bio-chimie, il quitte la Pologne communiste pour rejoindre ma mère qui l’attend en Belgique. Il arrive avec une simple valise, presque en carton, entourée d’une ficelle, et à peine quelques dollars en poche.
Les chemins de mes parents se séparent finalement au début des années 80, et mon père emménage à Bruxelles. A l’université, où il travaille comme chercheur, il a souvent l’occasion de croiser la route d’étrangers venus étudier ou travailler dans son département. Des amitiés se tissent, et un été il s’envole pour la Thaïlande où on l’a invité à venir passer ses vacances.

Voyage en Thaïlande.

En 1994, Piotr découvre le contraste de l’Asie. Comme des millions d’autres touristes, le voyage le berce et l’intrigue. Il visite quelques temples et s’étonne des moines dans la rue. Il a bien lu un ou deux bouquins sur le bouddhisme et le dalaï-lama, mais en Thaïlande la culture bouddhiste imprègne chaque aspect du quotidien. Il la ressent dans la chair, et y trouve l’occasion de raviver son intérêt pour les grandes questions existentielles de son adolescence : Qui suis-je ? Pourquoi et comment ?

Voulant comprendre la manière dont le bouddhisme pourrait répondre à ses questions, ses amis l’emmènent rencontrer un moine bien connu de la région…

la rencontre d’AJaan Pañña*.

La rencontre avec Ajaan Panna est un choc. Les paroles et le regard à la fois sage et pétillant de ce vieil homme d’origine anglaise, qui a passé la majeure partie de sa vie au monastère jusqu’à atteindre un haut niveau de réalisation, font rapidement vaciller les maigres certitudes qu’il pensait avoir pu tirer de sa propre expérience de la vie. S’il y voit le signe de sa bêtise, son esprit scientifique est aussi séduit par la clarté et l’évidence de l’échange, si bien qu’il décide d’expérimenter par lui-même les techniques de méditation.

Stimulé par les premiers résultats de sa propre pratique, la journée au monastère ne tarde pas à se transformer en semaine, puis en voyages annuels de plusieurs mois, jusqu’à prendre la décision finale de consacrer le reste de son existence à progresser sur ce chemin.

* La biographie d’Ajaan Pañña, « Uncommon wisdom, life and teaching » est disponible gratuitement :

(c) Forest Dhamma Monastery

Citta Pañño

Le 27 mai 2002 (2545 pour le calendrier bouddhiste), mon père est ordonné moine dans la tradition du bouddhisme Theravada*, et plus particulièrement dans celle du bouddhisme de la forêt Thaï. Il reçoit le nom pali de Citta Pañño, qui associe les mots coeur et sagesse. Il vit depuis dans un monastère forestier de l’Isan, province du Nord-Est de la Thaïlande.

* le Theravada ou « doctrine des anciens » est une forme ancienne et relativement conservatrice du bouddhisme, majoritaire en Thaïlande (95 % de la population). 

L’enregistrement

Au printemps 2006, je repars seul en Thaïlande pour rendre visite à mon père. Stimulé par son histoire et son talent à la dire en image, j’emmène avec moi un micro, un enregistreur et une longue série de questions, découpée en 3 axes : le parcours, le quotidien, le bouddhisme. Pendant une semaine je partage la vie des moines, et le soir, nous passons de longues heures dans sa kuti* ou dans un monastère de montagne à aborder les sujets que j’ai préparés. Autour de nous, c’est le règne de la nature et des insectes qui inlassablement cisaillent le silence.

* habitation sommaire en bois, sur pilotis.  

On me demande souvent comment je vis la décision de mon père et les milliers de kilomètres qui nous séparent. Il se trouve que j’ai peu de douleurs à ce sujet. Il est plus facile d’accepter les choses quand on les comprend, et mieux encore quand on en fait soi-même l’expérience, même modestement. J’ai eu l’occasion de voyager à plusieurs reprises en Thaïlande, de séjourner au monastère, et notre communication, quelques visites et de nombreuses lettres, a toujours été dense et nourrissante. Mon propre intérêt pour la connaissance de soi, le bouddhisme notamment, y a trouvé un écho naturel, porteur à la fois de compréhension, de respect et d’inspiration. 

Pour celui qui s’y engage véritablement, le travail de moine bouddhiste est particulièrement exigeant. Il bouleverse dans la chair et dans le sang, jusqu’au coeur des cellules, jusqu’aux dimensions les plus profondes de l’existence. Des pans entiers de ce que l’on prenait pour les racines immuables d’une identité vacillent, jusqu’à s’effriter et tomber, définitivement, devant la lumière amenée à la conscience par la méditation. 

L’esprit de mon père a changé avec le temps. Ce n’est plus vraiment un père et je ne suis plus vraiment un fils. C’est un moine, un être humain plongé dans un état d’esprit qui peu à peu évapore la notion d’individu, d’ego, de je. Sans savoir à quel point j’en ai vraiment fait le deuil, j’ai compris et accepté que certains liens, émotionnels surtout, n’existeraient plus jamais entre nous. Mais je le comprends, et parce que j’ai moi-même fait quelques pas sur ce chemin qui porte l’être humain vers sa nature véritable, c’est de la confiance que je ressens le plus, l’idée que derrière ce qui tombe se révèle un espace plus grand et plus juste.  

 

Nicolas Poloczek – janvier 2018

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