Serge Augier est l’héritier d’une très ancienne tradition taoïste, le Ba Men Da Xuan (510 après JC). Enracinée dans le chamanisme antique, son école s’attache à transmettre une essence spirituelle profonde et essentielle, souvent absente des versions modernes d’un taoïsme édulcoré par les aléas de l’histoire (dont la révolution culturelle chinoise). Au coeur de cette pratique, on trouve bien entendu la connaissance de soi, des lois de la nature et de l’univers, mais surtout l’idée d’inscrire ce précieux savoir dans la dynamique du monde. 

J’avais déjà beaucoup aimé « le secret des immortels : 8 principes pour être heureux ». Dans « l’encyclopédie pratique du Tao », Serge Augier nous propose en ouverture un très beau condensé de l’esprit de la tradition taoïste. En voici quelques extraits, dont un enseignement fondamental de Lao Zi (Lao Tseu).  

Extraits

Les 3 qualités essentielles selon Lao Tzi.

(…) Prenons exemple sur Lao Zi qui est au chapitre 67 de son Dao de Jing, partage les trois qualités qu’il nourrit à tout prix :

1 La première pourrait se traduire par un genre de compassion, d’amour de soi parce qu’on est vivant, l’amour du monde parce qu’il est autour de nous, l’amour des grandes lois de l’univers… Une sorte de gratitude, de joie d’être là et d’agir. C’est une vision positive de la chance qu’on « a », en évitant de se focaliser sur « ce qu’on n’a pas ».

2 La deuxième qualité pourrait se traduire par le fait de s’astreindre, de se restreindre, de se contrôler. Ce n’est pas de l’idée de se « flageller » ou de faire quelque chose de « dur » pour les difficultés de la chose ! Se restreindre, c’est faire de vrais choix en toute conscience. C’est deuxième grande qualité nous enseigne qu’en aimant et en acceptant la vie (première qualité), je vais l’appliquer dans mon quotidien avec la conscience avisée de ce que je fais, ce que je vis, de mes choix et la manière dont je les applique à mes valeurs. Fondamental !

3 Troisième grand concept édicté par Lao Zi : ne pas vouloir être devant les autres, ne pas vouloir devenir un leader ou un chef. En fait il s’agit ici de l’idée de non-compétitivité, de l’idée de ne pas devenir le meilleur mais de parfaire la version la plus proche de l’image idéale que j’ai de moi-même et d’atteindre le maximum de ce que je peux faire. Je ne dois pas me mesurer à l’histoire, aux gens, aux autres pratiquants, au maître ; je fais pour moi ce qu’il y a de mieux en suivant les enseignements de la tradition et les conseils du maître, et en éclairant ma pratique à la lumière de l’expérience des autres.

Aimer la vie, faire des choix qui respectent cette vie et notre incarnation, et agir le mieux possible, ici maintenant, pour soi, pour les autres, non pour briller, gagner ou être le meilleur, mais juste pour mettre en pratique ce que l’on a appris, ce que l’on sait. Voilà, au minimum, ce que nous pouvons tous faire pour nous approcher de l’esprit taoïste. 

Le but du taoïsme.

L e but du taoïsme est de revenir à la simplicité de l’enfant tout en cultivant les vertus de la sagesse. Son objectif est de ne pas s’encombrer du passé et d’éviter de se projeter dans un futur sans substance, pour vivre une présence immédiate au temps et à la réalité. Il s’agit de se libérer des entraves de la pensée pour se fondre dans un monde des perceptions sans ego. Enfin, il s’agit d’être pleinement ce que nous sommes sans jugement sans attente ni compromis. Dans ce retour à l’unité primordiale, c’est aller vers un esprit silencieux, un corps détendu et des émotions bénéfiques. C’est recevoir le monde dans sa totalité énergétique, en harmonie avec ce qui nous entoure, et vivre libre.

Le taoïsme est une voie, un cheminement, une progression permanente, un apprentissage de tous les instants. Peu importe d’où nous venons et où nous allons, seuls comptent le voyage et l’évolution qu’il nous apporte.

Le taoïsme, c’est comprendre ce que nous sommes et qui nous sommes vraiment, c’est inscrire cette connaissance dans la dynamique du monde, c’est l’entretenir et l’exploiter pour vivre heureux et en faire profiter les autres, c’est saisir les lois universelles et en accepter les règles, c’est respecter son incarnation ici et maintenant et tenter d’accueillir chaque instant, chaque part de son existence, de soi-même, de la nature ou des forces nous dépassent (l’univers, Dieu, les dieux…).

Le taoïsme est une somme de traditions qui comprennent, expliquent et étudient le monde. Il faut oublier ses racines purement chinoise et l’appréhender comme la connaissance universelle des qualités de l’humain mise au service de l’humain.

Que nous dit le taoïsme ?

Q ue l’énergie est partout et en tout. Le taoïsme défend une vision universelle des choses comme manifestation de l’énergie, propose une compréhension de cette énergie et développe au travers de cette pratique une capacité à sentir, utiliser et aller dans le sens de cette énergie, à l’origine des changements du monde. Il expose une autre spécificité, selon laquelle l’être humain est composé d’un corps, d’un esprit et d’un souffle/vitalité. Trois composantes possédant la même valeur : le corps à la même valeur que l’esprit, qui a la même valeur que le souffle, qui a la même valeur que le corps… Et si on enlève une de ces trois parties, l’homme se retrouve juché sur un trépied bancal. C’est la spécificité du taoïsme : le corps l’esprit et le souffle on la même importance.

Le taoïsme, c’est la compréhension de soi à tous les niveaux de son fonctionnement humain : corps, esprit, énergie, émotions… sans oublier notre composante spirituelle, cette part d’infini à l’intérieur de nous, que l’on se doit d’approcher d’une manière ou d’une autre, au risque de nous priver d’un aspect fondamental. Mais c’est aussi la compréhension de la nature sous toutes ses formes (écologie, écosystème…), du plus grand au plus petit.

Cette connaissance de de soi, de la nature et de l’univers est ce qu’il y a de plus important, car elle permet d’échanger et d’aider le monde à se développer et à progresser. Cette dynamique de transmission, cet élan pour façonner le monde de demain est un devoir; c’est une forme de respect à l’égard de notre incarnation, de cette possibilité qui nous a été donnée de « vivre », de ce potentiel de choix et d’accomplissement auquel nous nous devons de nous atteler. Notre temps sur cette terre est compté, il est privé d’en faire bon usage.

« Encyclopédie pratique du TAO »

Serge Augier

Editions Flamarion

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