J’ai ressenti beaucoup de résonance à la lecture de cet ouvrage de Ryokyu Endo, dans ma propre vision et pratique du Shiatsu, mais plus fondamentalement encore sur le plan spirituel qui, comme nous le rappelle l’auteur, ancien étudiant de Shizuto Masunaga, est au coeur de la manière dont la pensée orientale considère la vie et l’art du soin. 

Loin des atlas d’acupuncture et des techniques toutes faites qui éloignent facilement l’esprit de l’essentiel, Ryokyu Endo nous rappelle notamment qu’un méridien est une manifestation profonde de la vie avec laquelle nous ne pouvons entrer pleinement en relation qu’en faisant usage de nos sens les plus primaires, ce qui implique le dépouillement de tout clivage mental ou tension corporelle afin de laisser émerger notre capacité instinctive à ressentir les besoins vitaux du moment. 

Si le terme énergie pris dans son sens oriental suscite facilement l’incompréhension voire le mépris auprès d’esprits habitués au seul contact de l’idéologie scientifique, on comprendra en lisant ces pages à quel point il fait référence à tout ce qui nous fait en réalité aujourd’hui profondément défaut : le lien. Le lien qui fait de nous plus qu’une somme de cellules ou de fonctions isolées, plus qu’un corps qu’il faut réparer ou qu’un esprit qu’il faut amener à la raison ambiante, et plus que des individus que la peur, l’angoisse ou l’avidité isolent les uns des autres. Nous sommes tous de la vie, et « rien n’est plus précieux pour la vie que la liberté » nous dit l’auteur, qui ne cesse de réunir santé et sagesse, en expliquant que notre corps est le lien le plus étroit avec la Nature, et que si le mouvement même de la vie implique qu’un état de contentement absolu est impossible, nous pouvons concrètement réamorcer la vitalité de nos écosystèmes individuels et collectifs moribonds. Une lecture riche que le sous-titre de l’ouvrage « Médecine vitale pour le XXIème siècle » résume parfaitement ! 

PS : on y apprend aussi que pour les japonais, la lune est traditionnellement habitée par des lapins… et, vous savez quoi ? Je pense qu’ils ont bien raison !

Extraits

La pratique liée aux qualités spirituelles.

I l est impossible de comprendre correctement les méridiens si le shiatsu est étudié et pratiqué comme une méthode purement mécanique ou physique. Seuls ceux qui comprennent l’aspect psychologique du shiatsu et lient sa pratique à leur propre avancement spirituel sont capables de toucher les méridiens, la manifestation profonde de la vie. Les méridiens ne peuvent pas être perçus par les gens qui ne font pas preuve de la mentalité appropriée. La thérapie des méridiens est un acte extrêmement spirituel, les méridiens peuvent être identifiés seulement grâce à une empathie infinie envers la vie du patient. Pour moi, les thérapeutes doivent administrer le shiatsu sur les tsubos de tout leur cœur. Cette ardeur n’est pas l’apanage du shiatsu, elle est aussi commune à d’autres disciplines spirituelles. Le zen, par exemple, prône qu’on doit “méditer avec grand sérieux”, sans viser l’illumination. Le bouddhisme favorise aussi une concentration fervente sur la répétition des soûtras.

En fait, ce genre de concentration passionnée s’applique aussi à d’autres aspects de la vie. Si on veut le succès, il est important d’agir avec conviction, laissant de côté les désirs égoïstes d’avantages personnels, car l’ardeur naît de l’attitude mentale qui comprend les joies des autres autant que les siennes. Si la réussite ne concerne que l’avantage de l’individu, excluant les autres, elle est uniquement temporaire et tout à fait différente du véritable succès. Les lois de la vie sont telles qu’on ne peut pas exister indépendamment de “l’ensemble”. Lorsque nous donnons du plaisir aux autres, ce plaisir nous revient comme une réaction naturelle de la vie universelle.

Le sage est celui qui suit sa nature intérieure.

U Un sage n’est pas simplement une personne dont l’esprit est noble et l’âme évoluée. Un sage est un individu qui écoute les autres et qui suit fidèlement sa nature intérieure. Le caractère chinois pour sage est formé de deux symboles signifiant “oreille” et “développer”. Un sage écoute sa voix intérieure avec son cœur, sans permettre à l’ego d’interférer. Un proverbe se rapportant au diagnostic oriental dit que “Île sage est celui qui sait en écoutant.” Ici, le terme sage se réfère à l’esprit altruiste qui capture l’essence de la nature et s’en imprègne. Il fait allusion à un état mental clair dans lequel le thérapeute peut réellement percevoir les soucis personnels du patient et les troubles invisibles du ki sous-tendant les symptômes. L’esprit du sage ne fait pas de différence entre le soi et les autres. À l’origine, l’objectif de la philosophie et de la médecine orientales était l’union avec le Tao. Dans le Classique de médecine interne de l’empereur jaune, l’union avec le Tao est tenue pour l’idéal du caractère humain. Elle est toujours utilisée pour décrire le sage, qui ne forme qu’un avec le Tao, où on peut assister à la fusion de la nature intérieure et de celle extérieure.

Imagination, mythologie et sens primal.

L es gens qui vivent dans la société moderne sont pourvus en général d’une imagination limitée, peut-être parce que la croyance intrinsèque en la mythologie a été démantelée par les théories scientifiques. Par exemple, la plupart des Japonais croyaient autrefois que la lune était un endroit où vivaient des lapins. Les découvertes scientifiques et l’exploration de l’espace en ont fait un endroit morne, et les gens ne croient plus au mythe qu’ils y voyaient autrefois naturellement. L’influence de la science et le mépris croissant à l’égard de la spiritualité de la mythologie ont donné naissance à une idéologie qui apprécie seulement ce qui est visible et ce qui peut être compris objectivement. Selon Jung, les ovnis sont un nouveau mythe pour les gens modernes, qui ont perdu leur foi dans les mythes traditionnels. Autrement dit, les ovnis sont un mythe moderne déguisé en science.

Jadis, les pouvoirs imaginatifs des gens leur permettaient de voir une foule de dieux sur la toile de fond de la nature, chose qui n’était pas sans rapport avec le fait que leur sens primal n’avait pas encore été émoussé. Similairement, comme les gens se fiaient à la nature, ils croyaient aussi à la réincarnation — le cycle de mort, renaissance et vie après la mort. Nos contemporains ne peuvent pas croire à une vie après la mort, car les principes modernes sont basés sur le matérialisme et les gens sont dépourvus de l’imagination leur permettant de se représenter ce genre de monde. Notre sens primal est essentiel pour comprendre les méridiens, et il peut être développé par l’entraînement oriental. Lorsqu’il devient plus subtil, nous pouvons distinguer l’existence des méridiens, et nous nous rendons compte de la présence d’une conscience profondément enracinée, nous permettant de percevoir la vie d’une autre personne comme si c’était la nôtre. Nous arrivons alors, par exemple, à ressentir la vie d’un insecte comme la nôtre et le bien-être d’un enfant dans les bras de sa mère comme le nôtre. Toutes nos réactions face à la vie sont intensifiées et il nous est difficile d’infliger une douleur à d’autres êtres, même aux insectes.

Médecine et magie.

L orsqu’ils sont confrontés à la maladie, même les gens modernes, ‘civilisés”, attendent, au plus profond d’eux-mêmes, qu’un élément de magie se manifeste dans leur traitement. C’est peut-être dû à notre souvenir subliminal des anciennes thérapies médicales. L’autel a été simplement remplacé par les appareils d’examen, l’encens par l’odeur des antiseptiques et les charmes par les instruments hospitaliers pourvus d’innombrables cadrans.

(…)

L’esprit de l’art de la bienveillance est absent de la médecine moderne, qui met l’accent sur le traitement objectif du patient. Si certains ont commencé à tourner le dos à la médecine moderne, c’est aussi parce que celle-ci se concentre uniquement sur l’aspect physique, négligeant la spiritualité. Cette ignorance spirituelle est plus qu’une absence de considération pour l’origine psychologique de la maladie : elle reflète aussi le manque de soutien psychologique, qui pourrait aider le patient à revenir de la souffrance.

Même dans les civilisations modernes très avancées, ceux qui tombent malades cherchent inconsciemment dans le médecin l’image de l’ancien chaman, action qui témoigne que chaque maladie est hantée par l’ombre de la mort et que la thérapie médicale devrait se concentrer sur la guérison de l’âme. La médecine moderne s’étant développée en réponse aux urgences, telles que celles des guerres, elle tend à accorder peu d’importance à la guérison spirituelle. Pourtant, à Chaque apparition d’une maladie, les patients espèrent, consciemment ou inconsciemment, que leur corps et leur esprit seront traités comme un ensemble, qu’on compatira à leur souffrance et que leur âme sera libérée.

L’expérience du Shiatsu.

L orsque nous recevons un traitement shiatsu, qui peut aussi être administré entre amis ou en famille, quotidiennement, nous devenons sensibles aux messages naturels de notre corps. Celui-ci devient davantage le sujet, prenant le pas sur notre esprit. Notre corps est revitalisé, nous permettant d’entamer une existence plus justifiable. Lorsque cela arrive, il nous devient impossible de continuer la vie contraignante des affaires et de l’entreprise. Nous atteignons le point où nous ne pouvons que vivre d’une façon simple et sincère, refusant d’acquérir plus de célébrité et de statut social que ceux qui nous entourent. Le bonheur et le bien-être auquel nous accédons signifient la libération de l’esprit prosaïque, qui nous compare aux autres. La méthode de la pression prolongée (au coeur du Shiatsu – NDT) n’est rien d’autre que l’expérience d’une vie qui ne fait pas de distinction entre le soi et les autres, ainsi que la reconnaissance du monde du ki parfait.

Le désir de contrôler la Nature.

L es thérapies médicales occidentales sont mises à exécution par des opérations chirurgicales ou des médicaments, agissant par des manipulations invasives du corps du patient. Ces techniques sont en quelque sorte la conséquence manifeste du désir de contrôler la nature, inhérent à la culture occidentale. La médecine occidentale traite le corps et l’esprit comme deux entités distinctes. L’une des raisons de cette attitude est que la recherche sur les structures physiques du corps a commencé par des autopsies. Fait encore plus significatif, la médecine occidentale s’est développée initialement à partir de la science naturelle, discipline qui étudie tout d’un point de vue objectif, faisant tout son possible pour exclure l’esprit subjectif de la recherche. Qui plus est, la science naturelle réduit toutes les choses existantes à des éléments structurels et soutient que plus une chose est divisée, plus sa véritable forme est compréhensible, ce qui conduit la médecine occidentale à considérer le corps en son entier Comme une machine formée de différentes parties.

Une différence d’attitude.

O n peut donc affirmer que les différences entre la médecine orientale et celle occidentale ne se trouvent pas dans les techniques curatives, mais dans l’attitude. Lorsqu’on utilise une technique curative orientale en passant par un système de diagnostic qui voit les patients de façon analytique et manipule leur corps, on ne peut plus la considérer comme telle. D’autre part, comme le souligne Masunaga, tant dans ses conférences que dans ses écrits, lorsqu’elles sont pratiquées avec une compréhension compatissante envers le patient, les techniques médicales occidentales peuvent être les égales de celles orientales.

Pour la médecine orientale, le patient n’est pas un simple receveur passif du traitement, et son corps ne subit pas une manipulation objective. Le traitement est dirigé par le pouvoir curatif inhérent à la force vitale du patient. Tous les symptômes sont considérés comme des tentatives de guérir la maladie. Ils sont une manifestation des fonctions du ki (par exemple, la diarrhée et la fièvre peuvent être des tentatives d’éliminer les toxines du corps). Le principal objectif de la médecine orientale n’est pas d’attaquer directement les symptômes, mais de guérir les troubles du ki (le modèle kyo-jitsu des méridiens). Une fois que les perturbations su ki sont corrigées, le corps n’a plus besoin de faire montre des troubles et les symptômes disparaissent naturellement.

« Tao Shiatsu, médecine vitale pour le XXIème siècle »

Guy Trédaniel 

Résumé éditeur

Les mains ont été utilisées pour la guérison depuis les commencements du genre humain. Le do-in-ankyo, méthode orientale de guérison manuelle, a été développé il y a cinq mille ans en Chine. A l’époque, c’était la base de toute la pratique médicale, dont l’objectif traditionnel était de rétablir l’équilibre de santé de l’esprit et du corps.

Cette méthode utilise l’énergie naturelle, le « ki ». Introduite au Japon, elle est devenue le shiatsu, la thérapie par pression des mains. Pratiquée par un maître, la thérapie shiatsu est de la pure magie.

Mais comment un débutant passe-t-il des livres et des diagrammes au véritable pouvoir curatif ?

Ryokyu Endo explique que la magie du Shiatsu vient de la nature interne du guérisseur. Il décrit les concepts essentiels de la philosophie orientale qui sous-tendent la médecine holistique – le yin et le yang, le ki, les méridiens et l’empathie – et montre comment chacun peut utiliser les principes taoïstes pour maîtriser l’art du shiatsu.

Les débutants feront bon accueil aux indications détaillées de Ryokyu Endo pour la pratique du shiatsu global, incluant un guide du shiatsu pour enfants. Les praticiens expérimentés développeront leurs talents de diagnosticiens avec les diagrammes des méridiens et exploreront la théorie des vingt-quatre méridiens parcourant le corps entier.