On ne peut plaire à tout le monde.

On ne peut plaire à tout le monde.

Jan 23, 2020 | Lectures, Pensée du jour

Illustration de David B., extraite du livre.

Je voulais vous partager aujourd’hui une évidence qu’illustre bien cette histoire de Nasreddine Hodja (XIIIème siècle), un personnage mythique de la culture musulmane qui marie savoureusement sagesse et absurde : si nous partageons de nombreux points communs, nous sommes aussi tous différents. Individus et reliés… De même, si nous vivons tous ensemble, il n’existe pas une seule manière de vivre sa vie, et je dirais même de bien vivre sa vie, à savoir tendre vers son graal personnel… Ce qui est sur, c’est que quoi que vous fassiez ou pensiez, certains vous loueront, tandis que d’autres vous critiqueront ou resteront indifférents !

Vivre est certainement plus facile lorsque l’on se fond dans un courant ambiant, en en acceptant le cadre et en livrant ce que l’on est en droit d’attendre de nous. Assumer sa différence ou un point de vue qui sort de ce cadre est à contrario loin d’être évident. Les doutes et le sentiment de devoir lutter pour exister tel que l’on sont souvent de la partie, et à défaut de trouver suffisamment de force en soi pour garder son cap personnel, on touchera facilement à la dépression, à la résignation ou au cynisme, jusqu’à l’extrême : le sentiment d’une profonde déchirure intérieure.

Mais sachez-le bien, lorsque l’on cultive une certaine écoute intérieure, que l’on observe en soi les mouvements de la vie, depuis l’os jusqu’au paysages des pensées, peu à peu se révèle un baromètre intérieur qui rime avec lumière, joie et même santé ! En nous donnant la bonne direction, celle qui concilie notre nature individuelle avec la grande Nature universelle, ce baromètre mettra aussi sur notre route de nombreux alliés. En embrassant la différence qui nous est propre, nous découvrirons alors la force inédite d’aller là où nous pousse notre être tout entier. 

Je vous laisse maintenant avec Nasreddine, et vous transmets mes amitiés !

Le fils de Nasreddine

L e fils de Nasreddine avait treize ans. Il ne se croyait pas beau. Il était même tellement complexé qu’il refusait de sortir de la maison. « Les gens vont se moquer de moi», disait-il sans arrêt. Son père lui répétait toujours qu’il ne faut pas écouter ce que disent les gens parce qu’ils critiquent souvent à tort et à travers, mais le fils ne voulait rien entendre.

Nasreddine dit alors à son fils : « Demain, tu viendras avec moi au marché. » Fort tôt le matin, ils quittèrent la maison. Nasreddine Hodja s’installa sur le dos de l’âne et son fils marcha à côté de lui. À l’entrée de la place du marché, des hommes étaient assis à bavarder. À la vue de Nasreddine et de son fils, ils lâchèrent la bride à leurs langues : « Regardez cet homme, il n’a aucune pitié ! Il est bien reposé sur le dos de son âne et il laisse son pauvre fils marcher à pied. Pourtant, il a déjà bien profité de la vie, il pourrait laisser la place aux plus jeunes. » Nasreddine dit à son fils : « As-tu bien entendu ! Demain, tu viendras avec moi au marché ! »

Le deuxième jour, Nasreddine et son fils firent le contraire de ce qu’ils avaient fait la veille : le fils monta sur le dos de l’âne et Nasreddine marcha à côté de lui. À l’entrée de la place, les mêmes hommes étaient là. Ils s’écrièrent à la vue de Nasreddine et de son fils : « Regardez cet enfant, il n’a aucune éducation, aucune politesse. Il est tranquille sur le dos de l’âne, alors que son père, le pauvre vieux, est obligé de marcher à pied ! »

Nasreddine dit à son fils : « As-tu bien entendu ? Demain, tu viendras avec moi au marché ! »

Le troisième jour, Nasreddine Hodja et son fils sortirent de la maison à pied en tirant l’âne derrière eux, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent sur la place. Les hommes se moquèrent d’eux : « Regardez ces deux imbéciles, ils ont un âne et ils n’en profitent même pas. Ils marchent à pied sans savoir que l’âne est fait pour porter les hommes. »

Nasreddine dit à son fils : « As-tu bien entendu ? Demain, tu viendras avec moi au marché !»

Le quatrième jour, lorsque Nasreddine et son fils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l’âne. À l’entrée de la place, les hommes laissèrent éclater leur indignation : « Regardez ces deux-là, ils n’ont aucune pitié pour cette pauvre bête ! »

Nasreddine dit à son fils : « As-tu bien entendu ? Demain, tu viendras avec moi au marché ! »

Le cinquième jour, Nasreddine et son fils arrivèrent au marché portant l’âne sur leurs épaules. Les hommes éclatèrent de rire : « Regardez ces deux fous ; il faut les enfermer. Ce sont eux qui portent l’âne au lieu de monter sur son dos. »

Et Nasreddine Hodja dit à son fils : « As-tu bien entendu ? Quoi que tu fasses dans ta vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer. Il ne faut pas écouter ce que disent les gens. »

Extrait de « Sagesse et mailices de Nasreddine, le fou qui était sage » 

Editions Albin Michel 

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