» Il ne faut pas prendre ce que je dis comme une vérité absolue. Ce sont des petits conseils de petit moine dans la forêt qui fait de son mieux. Je le fais en espoir que ça puisse servir à quelqu’un, aider a être mieux dans sa vie, son entourage, son travail. Il faut le prendre avec prudence. Je suis apprenti quelque part dans cette voie enseignée par Bouddha, sur le chemin de la sagesse mais loin d’être sage… Comme bouddha l’a dit, il faut prendre ce qui est vrai et a de bonnes conséquences dans votre vie et rejeter les autres expériences. « 

Phra Piotr – aout 2006

« C’est

avec une chaleur certaine que je diffuse l’histoire de mon père, Piotr, qui en 2002 a choisi de se faire ordonner moine bouddhiste Theravada en Thaïlande.

J’ai toujours trouvé que mon père avait un don pour raconter les histoires, et que la sienne avait une saveur particulière. Ces 2 interviews audio, enregistrées dans la montagne ou devant sa cabane en 2006 et 2018, offrent un récit généreux où s’entrecroisent histoires de vie et poursuite de la sagesse, inlassables chants des insectes et paraboles capables de nous ouvrir l’esprit.

On

me demande souvent comment je vis la décision de mon père et les milliers de kilomètres qui nous séparent. J’ai finalement peu de douleur à ce sujet, car je pense qu’il est plus facile d’accepter ce que l’on comprend, plus encore quand on en partage le sens.

Pour celui qui s’y engage véritablement, pleinement, la vie de moine bouddhiste est autant un travail exigeant que la source d’une joie profonde. C’est un parcours qui bouleverse jusque dans la chair, jusqu’au coeur des cellules, qui transforme profondément et durabelemtn les moindres dimensions de l’existence. Ce que l’on prenait pour une identité immuable vacille, jusqu’à tomber définitivement devant la lumière amenée à la conscience par la méditation.

L’esprit de mon père a changé avec le temps. Sans savoir à quel point j’en ai vraiment fait le deuil, j’ai compris que certains liens n’existeraient plus jamais entre nous, mais que d’autres évolueraient. Ce que je ressens le plus aujourd’hui, c’est la confiance que derrière ce qui tombe de l’illusion se révèle un espace plus grand et plus juste.

Que

vous soyez intéressé ou pas par le bouddhisme, mon idée est que ces tranches de vie vous parviennent comme un écho digne d’intérêt aux questions que nous partageons tous . »

 

Nicolas Poloczek – janvier 2020

A propos de cette histoire…

Mon père Piotr est né en 1949 à Cieszyn, une ville du sud de la Pologne, à 150 km de Cracovie.

Là-bas coule l’Olza, une rivière qui sert aussi de frontière, et la montagne est proche.

A 25 ans, diplômé en bio-chimie, il quitte la Pologne communiste pour rejoindre ma mère qui l’attend en Belgique. Il arrive avec une simple valise, presque en carton, entourée d’une ficelle, et à peine quelques dollars en poche.
Les chemins de mes parents se séparent finalement au début des années 80, et mon père emménage à Bruxelles. A l’université, où il travaille comme chercheur, il a souvent l’occasion de croiser la route d’étrangers venus étudier ou travailler dans son département. Des amitiés se tissent, et un été il s’envole pour la Thaïlande où on l’a invité à venir passer ses vacances.

Voyage en Thaïlande.

En 1994, Piotr découvre le contraste de l’Asie. Comme des millions d’autres touristes, le voyage le berce et l’intrigue. Il visite quelques temples et s’étonne des moines dans la rue. Il a bien lu un ou deux bouquins sur le bouddhisme et le dalaï-lama, mais en Thaïlande la culture bouddhiste imprègne chaque aspect du quotidien. Il la ressent dans la chair, et y trouve l’occasion de raviver son intérêt pour les grandes questions existentielles de son adolescence : Qui suis-je ? Pourquoi et comment ?

Voulant comprendre la manière dont le bouddhisme pourrait répondre à ses questions, ses amis l’emmènent rencontrer un moine bien connu de la région…

la rencontre d’AJaan Pañña*.

La rencontre avec Ajaan Panna en janvier 1996 est un choc. Les paroles et le regard à la fois sage et pétillant de ce vieil homme d’origine anglaise, qui a passé la majeure partie de sa vie au monastère jusqu’à atteindre un haut niveau de réalisation, font rapidement vaciller les maigres certitudes qu’il pensait avoir pu tirer de sa propre expérience de la vie. S’il y voit le signe de sa bêtise, son esprit scientifique est aussi séduit par la clarté et l’évidence de l’échange, si bien qu’il décide d’expérimenter par lui-même les techniques de méditation.

Stimulé par les premiers résultats de sa propre pratique, la journée au monastère ne tarde pas à se transformer en semaine, puis en voyages annuels de plusieurs mois, jusqu’à prendre la décision finale de consacrer le reste de son existence à progresser sur ce chemin.

* La biographie d’Ajaan Pañña, « Uncommon wisdom, life and teaching » est disponible gratuitement :

(c) Forest Dhamma Monastery

Citta Pañño

Le 27 mai 2002 (2545 pour le calendrier bouddhiste), mon père est ordonné moine dans la tradition du bouddhisme Theravada*, et plus particulièrement dans celle du bouddhisme de la forêt Thaï. Il reçoit le nom pali de Citta Pañño, qui associe les mots coeur et sagesse. Il vit depuis dans un monastère forestier de l’Isan, province du Nord-Est de la Thaïlande.

* le Theravada ou « doctrine des anciens » est une forme ancienne et relativement conservatrice du bouddhisme, majoritaire en Thaïlande (95 % de la population). 

L’enregistrement

Au printemps 2006, je repars seul en Thaïlande pour rendre visite à mon père. Stimulé par son histoire et son talent à la dire en image, j’emmène avec moi un micro, un enregistreur et une longue série de questions, découpée en 3 axes : le parcours, le quotidien, le bouddhisme. Pendant une semaine je partage la vie des moines, et le soir, nous passons de longues heures dans sa kuti* ou dans un monastère de montagne à aborder les sujets que j’ai préparés. Autour de nous, c’est le règne de la nature et des insectes qui inlassablement cisaillent le silence.

 * habitation sommaire en bois, sur pilotis (Phra Piotr parle notamment de son habitat dans cet épisode

Décès

Phra Piotr décède le 1er mai 2019. Son corps est brûlé selon les rites bouddhistes Theravada le vendredi 3 mai dans l’après-midi, entouré de la Sangha des moines et de nombreuses personnes venues témoigner de l’estime et de la qualité des moments partagés avec lui. 

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